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Bonjour à tous !
Le 24 mai dernier, le Prix de l’Inaperçu 2012 était remis à Marius Daniel Popescu pour Les Couleurs de l’hirondelle chez José Corti, et au slovène Drago Jancar pour Des Bruits dans la tête, traduit par Andrée Lück-Gaye aux éditions du Passage du Nord-Ouest.
Pour ce troisième épisode, nous avons voulu essayer de vous faire rentrer dans l’arrière-salle (dans la cuisine, pour les gourmands) du prix. Deux jurées, toutes nouvelles de l’année, Abeline Majorel (des « Chroniques de la Rentrée littéraire ») et Jakuta Alikavazovic ont accepté de répondre à nos questions sur le Prix de l’Inaperçu, leurs lectures, leurs choix, leurs débats, bref : leur expérience.
Au cours de cette petite heure de discussion, vous croiserez également :
- des extraits de la cérémonie de remise du Prix au Café de l’Inaperçu, avec notamment Marius Daniel Popescu en live ;
- une interview d’un autre juré, le soir de la remise du prix, Xavier Fornerod ;
- une interview du lauréat du prix Etranger, Drago Jancar, venu à Paris recevoir son prix.
Comme par le passé, l’habillage musical est l’œuvre de l’ami Monsieur Moutarde.
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Dans ce troisième épisode audio du podcast Les Aperçus, animé par l’équipe du Prix de l’Inaperçu, Benjamin Fau, Nils C. Ahl, David Vauclair et leurs invitées vous parlent de :
Marius Daniel Popescu, Les couleurs de l’hirondelle, éditions José Corti
Ramené à ses racines roumaines par le décès de sa mère, le narrateur, désormais suisse et jeune père émerveillé, réconcilie ses souvenirs d’enfance avec son quotidien d’exilé amoureux. Roman incantatoire, sans doute autobiographique, sur une expérience d’immigration réussie, Marius Daniel Popescu propose une réinvention du concret par un usage habile du ressassement à la musicalité envoûtante. Soudain se découvre derrière la banalité des apparences et celle de la vie une voix tendre, constante et attirante dont la précision interpelle. Entrelacs de joie, peine et absurdité, le style de l’auteur fait jaillir la complexité du monde en quelques phrases simples. Beauté de la transmission. Attrait du détail incarné, attachant. Réconciliation d’un présent imparfait et d’un passé sans nostalgie, Popescu bouscule les lieux communs de la littérature. Vous avez dit original, peut-être même nécessaire ? Vous auriez raison. (David Vauclair)
Drago Jancar, Des bruits dans la tête, traduit du slovène par Andrée Lück-Gaye, éditions Passage du Nord-Ouest
La présence d’un roman de Drago Jančar dans cette sélection 2012 est très étrange. Considéré comme l’un des grands écrivains contemporains slovènes, il a reçu le Prix européen de littérature pour l’ensemble de son œuvre en 2011. Et les médias français en ont parlé, en plus. Ah ? — De l’auteur, oui. Et du roman ? — Pas trop, non. C’est tout le problème. Roman de prison, Des bruits dans la tête raconte semble-t-il une violente révolte, héroïque et dérisoire, à la suite de la retransmission interrompue d’un match de basket. En fait, le texte se raconte lui-même, raconte son narrateur, dont le sens épique confond l’histoire de ses jeunes amours, la révolte des prisonniers et le siège de Massada au premier siècle. Le regard est démesuré, il faut une main de géant – et pourtant, cela fonctionne, tout est formidablement équilibré. Un grand écrivain, on vous dit. (Nils C. Ahl)
Mais aussi (un peu) de :
Adam Langer, Les voleurs de Manhattan, traduit de l’américain par Laura Derajinsko, éditions Gallmeister
Au premier abord, ce ne pourrait être qu’une énième histoire de littérateur new-yorkais : c’est bien connu, à New-York, il y a quasiment autant d’écrivains que de pizzérias et de livreurs de sushi à domicile (réunis). Un jeune auteur, aussi idéaliste que dépourvu de succès, désespère du monde du livre qui lui préfère les confessions bâclées d’une star du rap – sa petite amie elle-même parvient à placer le récit de sa jeunesse en Europe de l’est chez un éditeur, et en profite pour le quitter. Au hasard (hasard ? vraiment ?) d’une rencontre, un ancien éditeur cynique lui propose de créer, à eux deux, une sublime escroquerie littéraire, arguant qu’aujourd’hui, « pour publier, il faut d’abord être connu ». La suite est un miracle d’invention, de liberté maligne et de virtuosité rigolarde : bien entendu, rien ne se passe comme on s’y attendait, et la ligne séparant la réalité de la fiction se fait, au fil des pages, de plus en plus fine. Débordant d’idées (on a presque envie de dire à Adam Langer qu’il ferait mieux d’en garder pour ses prochains romans…), drôle et mordant, impossible à lâcher, Les voleurs de Manhattan est le page-turner par excellence de cette sélection. Un plaisir de lecture simple et pur, doublé d’un hymne hilarant aux pouvoirs de l’imagination et de l’écriture. (Benjamin Fau)
Emmanuel Pinto, Acouphène, traduit de l’hébreu par Laurent Cohen, éditions Actes Sud
Bourdonnements et sifflements permanents et intimes, les acouphènes de Pini, soldat revenu de la première guerre du Liban, le poussent à tailler dans ses souvenirs et découvrir s’il est, ou non, responsable de la mort d’un enfant. « Dotés de sens confus et altérés », il tente de reconstruire la réalité, ce qui le mènera aux portes de Chatila, où le destin lui réserve une rencontre avec Jean Genet. Celle-ci a-t-elle lieu ? Littérairement indubitablement, Emmanuel Pinto instaure un dialogue avec l’une des égéries de la résistance palestinienne, en particulier deux de ses œuvres, Quatre Heures à Chatila et Un Captif amoureux. Cette valse avec Genet en quatre et non trois temps (Guerre, Rencontre, Elle, Enterrement) se déploie puissamment et démontre les pouvoirs de la langue à transformer une vérité en mythologie, et les souvenirs brouillés en réalité. A lire maux à mots. (D.V.)
Miguel Bonnefoy, Naufrages, éditions Quespire
Sous-titré « quatre nouvelles autour de la solitude », ce livre, minuscule, est aussi délicat que délicieux. Aussi bref que brillant. Et aussi difficile à mettre en valeur qu’il le mérite pour de bon. Car il faut un sacré talent pour exister en moins de quatre-vingts pages, avec des personnages aussi hénaurmes que Robinson ou Perséphone – ou aussi insignifiants qu’un cambrioleur bienveillant devenu fée du logis. C’est qu’il n’y a pas d’intrigue ou de péripétie qui vienne saisir le lecteur, ici, juste le fil de l’eau, le courant du style, et cette impression qu’un petit décalage, qu’une vision biaisée des événements, suffit à tout changer. Loin d’un exercice de style en dépit des apparences, le livre est une réussite. Lauréat d’un concours de nouvelles à l’université, son auteur a pour l’heure aussi peu de références qu’il a d’avenir. En tout cas, il n’est plus seul : maintenant, nous sommes plusieurs à le lire et à guetter la suite. (N.C.A.)
Et :
Patrick Chamoiseau, La papillon et la lumière, éditions Philippe Rey
Petite surprise dans nos rangs après avoir lu un conte philosophique articulant légèreté, profondeur, audace et regret, de découvrir que l’auteur de ce bref récit entre Voltaire et Taisen Deshimaru était le déjà très aperçu Patrick Chamoiseau, ici illustré par les élégants traits de Ianna Andreadis. Mais qu’importe ! Si le talent est là et le livre ignoré, il est nécessaire de faire connaître l’ouvrage. L’intrigante histoire d’un vieux papillon aux ailes intactes guidant, malgré lui, un jeune congénère curieux avide de ses réflexions séduit. Les poétiques conversations du fougueux et du vénérable pour savoir passer de l’ombre à la sagesse méritent plus de lumière. (D.V.)
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Bonne écoute à tous – bonnes lectures surtout !
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Sommaire (0’46) Extrait de la remise du Prix de l’Inaperçu 2012 au Café de l’Industrie – avec Benjamin Fau et David Vauclair(2’30) Introduction
(4’22) Interview de Xavier Fornerod, membre du jury 2012
(7’40) Première partie de l’entretien avec Abeline Majorel et Jakuta Alikavazovic, jurées du Prix de l’Inaperçu 2012
(27’42) Interview de Drago Jencar, lauréat du prix de l’Inaperçu – Etranger 2012
(32’48) Seconde partie de l’entretien avec Abeline Majorel et Jakuta Alikavazovic, jurées du Prix de l’Inaperçu 2012
(1h00’40) Extrait de la remise du Prix de l’Inaperçu 2012 au Café de l’Industrie – avec Marius Daniel Popescu, lauréat 2012
(1h04’51) Outro








